La grelinette, indispensable du jarnidier!

La grelinette ou fourche à bêcher, ou aéra-bêche, ou actibèche, ou broad-fork, ou U-bar digger

Alors voilà : il y a une bonne qua­ran­taine d’années, un M. An­dré Gre­lin, bien­fai­teur de l’humanité, dé­pose le bre­vet d’un en­gin ré­vo­lu­tion­naire (bon, Koldo vous dira que ça exis­tait déjà dans ses mon­tagnes). Je n’aime pas les bre­vets (même si une bonne par­tie de mon bou­lot consiste à en dé­po­ser). Le prin­cipe du bre­vet c’est d’obliger les in­ven­teurs à pu­blier l’idée, en échange de quoi ils conservent un mo­no­pole sur l’invention pen­dant vingt ans. Donc pen­dant vingt ans, l’idée reste es­sen­tiel­le­ment confi­den­tielle parce que gé­né­ra­le­ment com­mer­cia­li­sée à un prix dis­sua­sif (ah, va­nité…) Il se­rait net­te­ment plus pro­fi­table à la col­lec­ti­vité d’acheter l’idée à l’inventeur une bonne fois pour toutes et qu’elle soit dans le do­maine pu­blic tout de suite.

De­puis le temps, le concept de la gre­li­nette est lar­ge­ment passé dans le do­maine pu­blic. Mais le pro­blème, c’est qu’apparemment, le nom Gre­li­netteTM est dé­posé. Ce qui em­pêche les autres fa­bri­cants de gre­li­nettes de vendre leur pro­duc­tion sous le nom gre­li­nette, d’où l’explosion d’inventivité sur les dé­no­mi­na­tions com­mer­ciales dé­si­gnant la même chose : fourche à bê­cher, aé­ra­bêche, ac­ti­bêche, etc. Je ne sais pas vous, mais j’aime bien ap­pe­ler un chat un chat, un fri­gi­daire un fri­gi­daire, un k-way un k-way, un al­geco un al­geco, et une gre­li­nette une gre­li­nette. A mon sens, ce flou sur le nom nuit consi­dé­ra­ble­ment à la dif­fu­sion de l’outil et de la phi­lo­so­phie qui l’accompagne, à sa­voir : aé­rer sans re­tour­ner le sol ni dé­cou­per les lom­brics (qui contrai­re­ment aux rhi­zomes de li­se­ron ne re­poussent pas de tous leurs fragments).

Mais pas­sons. A son corps dé­fen­dant, M. Gre­lin est un bien­fai­teur de l’humanité. Parce que la gre­li­nette, c’est de la balle, qu’on se le dise.

Un an après que mon voi­sin m’a pro­posé d’en bri­co­ler une, j’ai fini par m’impatienter (je n’ai pas osé le re­lan­cer — il est tel­le­ment oc­cupé de­puis qu’il est à la re­traite). J’ai com­mandé une gre­li­nette à 5 dents sur ce site. Paie­ment en ligne sans ba­vure, suivi de com­mande par cour­riel tout ce qu’il y a de plus pro­fes­sion­nel, et voilà mon en­gin chez moi une pe­tite se­maine plus tard.

 

Pour son bap­tême, l’engin a eu le droit de dé­com­pac­ter une dou­zaine de mètres car­rés de terre de prai­rie, sèche et ar­gi­leuse, que j’avais lais­sée sous une bâche plas­tique noire tout l’été. Au­cun doute pos­sible, cet ou­til est ma­gique. Il pé­nètre sans ef­fort (il suf­fit de se mettre de­bout des­sus) jusqu’à presque trente cen­ti­mètres, c’est à dire deux fois plus pro­fond qu’en bour­ri­nant avec un croc à bê­cher, et il suf­fit de ti­rer en ar­rière pour cas­ser les mottes, sans for­cer sur le dos. La terre était trop tas­sée et sèche pour que j’arrive à dé­com­pac­ter sans re­tour­ner un peu les mottes, mais on se rend bien compte que c’est pos­sible sur une planche déjà travaillée.

J’avais peur d’avoir eu les yeux plus gros que les bras en choi­sis­sant le mo­dèle 5 dents, sa­chant que mon ter­rain est as­sez ar­gi­leux. En ef­fet, le mo­dèle 5 dents, s’il tra­vaille sur une plus grande lar­geur, de­mande 66% d’effort en plus que le mo­dèle 3 dents pour aé­rer la même terre sur la même pro­fon­deur. Je n’ai pour­tant eu au­cun pro­blème, sur une terre par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile, donc je me fé­li­cite sur mon choix. Quand je re­pren­drai des planches déjà tra­vaillées, ça sera un vrai bonheur.

Donc je suis content. Il ne me reste tou­jours l’arrière-pensée anti-labour qui me dit que je ne de­vrais pas avoir à uti­li­ser la gre­li­nette si j’avais re­cours à une mé­thode de paillage en couches. Et je me console en me di­sant que jus­te­ment, je vais es­sayer les deux, comme ça je vous dirai.

Liens utiles

Le site de l’authentique Gre­li­nette, la vraie, la seule (à avoir le droit de s’appeler Gre­li­netteTM
Le site de la fourche à bê­cher Du­co­terre, d’où j’ai été li­vré en une se­maine.
Le site de l’aé­ra­bêche Gué­rilu, avec en­tre­toise de ri­gi­dité et manches en mé­tal.
Et l’actibêche (un mo­dèle en­core un peu dif­fé­rent où les manches sont rap­pro­chés)

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