Préparer le sol pour convertir une pelouse en milieu de production

Je partage ici mes expériences sur la création de nouveau espaces de jardinage domestique. Les commentaires, question et débats sont les bienvenus et peuvent être ajoutés à la fin de cet article.

L’approche conventionnelle: le travail du sol

La première chose qui vient à l’esprit pour transformer une pelouse en jardin, c’est souvent d’aracher la pelouse et de rotoculter le sol. Nous entendons tellement souvent qu’il faut pulvériser le sol pour « rendre ça propre » et faire un beau lit de semence qu’il ne nous vient pas à l’esprit qu’il peut y avoir d’autres façons de convertir un sol couvert de tapis végétal en milieu propice à la production.
Pourtant, arracher de la tourbe et pulvériser le sol représente énormément de travail. En sortant la tourbe, on perd de grandes quantités de fines particules de sol fertile. La matière organique et les minéraux contenus dans la tourbe sont perdus. On se trouve à avoir un creux dans l’emplacement des planches de production, par rapport à la tourbe qu’il y a autour. Ensuite, le labour du sol cause une minéralisation de son azote (N) et de sa matière organique (M.O.), tout en perturbant les flore microbienne et la faune du sol comme les vers de terre.

L’alternative: l’occultation et la plantation directe

Il existe une alternative que nous avons mis en pratique à plusieurs reprises, qui représente beaucoup moins de travail et semble donner d’excellents résultats. Elle consiste simplement à tuer la tourbe par occultation en y appliquant une couche de carton. On peut ensuite planter les plantules ou les vivaces au travers du carton, sans travail de sol. La décomposition de la tourbe semble suffisament rapide pour permettre aux nouveaux plants de s’enraciner.

En se décomposant, les cellules des racines denses et ramifiées de la tourbe perdent leur eau. Elles se contractent et leur matière organique se transforme peu à peu en humus. Il se crée alors un beau sol poreux, bien structuré, riche en matière organique et en êtres vivants.

Nous complétons le carton en ajoutant par-dessus, quand c’est disponible, une couche de compost et une couche de paillis. Je pense que ceci augmente l’efficacité de l’occultation en étouffant la tourbe; par ailleurs, l’apport d’azote par le lessivage du compost permettrait peut-être de décomposer celle-ci plus rapidement, sinon le carton. L’année suivant cette implantation, il n’y a plus aucune trace du carton initial.

Un autre avantage de cette technique est que si le compost et le paillis sont exempts de mauvaises herbes, la pression des adventices demeure très faible. Chose certaine, je n’ai jamais observé de gazon ou autre espèce qui était « en-dessous », passer au travers du carton. Vous peinerez toutefois à accomplir la même chose avec du papier: je n’ai pas encore vu un contrôle de mauvaises herbes efficace en appliquant seulement du papier. Les papiers sont généralement petits; une surface couverte de papier comportera beaucoup trop d’interstices au travers desquels la végétation pourra se faufiler. Il se désagrège aussi très rapidement. Le carton est très efficace pour suppresser la végétation en l’étouffant et en lui coupant la lumière (occultation). L’infiltration de l’eau semble cependant assez mauvaise sur le carton. Si le compost et le paillis qui le recouvrent ne sont pas suffisament épais pour absorber et répartir les précipitations, celles-ci peuvent parfois s’écouler en surface sur le carton. C’est une raison de plus pour essayer de maximiser la quantité de matière organique (compost et paillis) installée par-dessus.
Quelques mois seulement après la « conversion » de la tourbe, on peut creuser dans le sol sans qu’il ne présente de résistance comme la tourbe le fait, et on trouve un beau sol foncé qui grouille de vers!

Détails de la technique

Avec le temps, nous en sommes venus à peaufiner la technique. La première fois, j’avais simplement posé le carton au sol. Ceci rend l’occultation imparfaite: les rebords du carton ont tendance à sécher et retrousser; l’air circule en dessous et les adventices réintroduisent l’espace plus facilement. Maintenant, nous creusons une tranchée de 10 à 20 cm le long de la parcelle dans laquelle nous coïncons le bord du carton. Il y a alors une parois verticale de carton entre la pelouse et notre espace de production. L’occultation et l’étouffement sont beaucoup plus efficaces dans ces conditions.

Ensuite, pour valoriser la bordure tout en entravant les adventices davantage, je sème maintenant du trèfle blanc sur la fente près du carton. Je pense que le trèfle, en devenant assez dense, peut empêcher la progression des adventices à rizomes, et il semble faire peu de rizomes lui-même. De plus, les fleurs du trèfle attirent les pollinisateurs et ses nodules fixent l’azote. Pour embellir le rebord, et faire une petite barrière supplémentaire aux adventices, j’ai trouvé que des petits troncs (5 à 10cm de diamètre) sont un matériau naturel, disponible et qui fait très bien l’affaire.

Limites de la technique

l'égopode

Elles sont à découvrir! J’ai utilisé la même méthode pour prendre le contrôle d’une parcelle totalement colonisée par l’égopode, une vivace extrêmement tenace et envahissante. Même si elle faisait 40 cm de hauteur, je ne l’ai même pas arraché, je l’ai couchée et installé le carton par-dessus. Les tomates que j’ai plantées dedans se sont très bien installées et à la fin de l’été, le sol en-dessous était extrêmement beau et on ne trouvait aucune trace de l’égopode.

Évolution dans le temps

Cette technique permet d’investir le sol rapidement et planter immédiatement, toutefois l’atteinte d’un sol fertile et poreux prend quelques temps. Après une seule année, le sol est déjà très beau, meuble et on peut y planter n’importe quoi. Toutefois, on gagne à y ajouter le plus possible un paillis nourrissant en continu. Le gazon coupé me semble un excellent matériau. Il est généralement abondant, relativement riche en azote et faible en lignine, et sa finesse fait en sorte qu’il est incorporé très rapidement par les vers.

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